Église Chrétienne Catholique Traditionnelle, messe, Parole de Dieu, Bible, Jésus Christ, disciple Christ, histoire Église catholique, œcuménismes
Église Maison

Avant d'aborder le thème des Églises-Maisons, nous vous proposons un texte du professeur Bernard, nous relatant les découvertes ainsi que les faits historiques concernant les premières communautés chrétiennes à Jérusalem ,

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LA  PREMIERE COMMUNAUTE CHRETIENNE A JERUSALEM

1.      Quelle est cette première communauté ?

Nous ne savons pas ce qui s’est passé dans les semaines qui suivirent la mort de Jésus. De nombreux compagnons de Jésus, déçus, désemparés, étaient repartis en Galilée, certains y resteront, ce n’est que peu à peu que la plupart se regrouperont à Jérusalem pour constituer une communauté que l’on ne peut pas encore qualifier de chrétienne  mais que traditionnellement nous nommons l’Eglise primitive.

a-      Pourquoi ce choix d’installation à Jérusalem ?

 Cette installation à Jérusalem est un choix apparemment paradoxal : pourquoi venir s’installer sur le lieu de la mort de Jésus, le lieu de son échec, pourquoi se jeter dans la « gueule du loup » ? Il était dangereux de montrer son appartenance à un maître qui avait été condamné. Pourquoi ce groupe qui était plutôt rural et itinérant, qui se méfiait des villes en général, vient-il s’installer ici ?

 Ce sont les apparitions qui ont tout déclenché. Apparitions qui ont plutôt eu lieu en Galilée. Ces apparitions rendent Jésus légitime par rapport à son échec terrestre, par rapport à sa mort ignominieuse en croix. Les apparitions sont perçues comme des ordres de mission : poursuivre l’œuvre de Jésus. Les apparitions sont interprétées comme signe de résurrection de Jésus, elle-même  comprise comme acte divin inaugurant l’époque nouvelle du Royaume de Dieu. Cette ère nouvelle ainsi amorcée devait s’installer pleinement ; c’est « le Jour de Yahvé » attendu. L’arrivée du Royaume de Dieu est perçue comme imminente, elle se manifestera par le retour triomphal de Jésus Messie ( Christ), retour que l’on appelle parousie.

 Une tradition juive ancienne atteste la croyance que le Royaume de Dieu s’établira sur le mont Sion, que la puissance de Dieu sera révélée à Jérusalem. Les disciples de Jésus se doivent donc d’être présents pour attendre son retour que l’on croit proche, être présent en attente malgré les risques. L’on comprend ainsi pourquoi« ce mouvement charismatique itinérant suscité par le Nazaréen s’y transforme en une communauté sédentaire relativement introvertie»

b-  Qui en fait partie ?

Nos seuls renseignements viennent du livre des Actes. Cette communauté  est fort modeste ( environ 120 personnes) et hétérogène. Sommairement 6 sous groupes sont repérables :

Le noyau central est constitué par les 12 ( 11 plus le nouveau, Matthias qui remplace Judas). Ce groupe des 12 a certainement été choisi par Jésus de son vivant, ce fut un choix symbolique parmi ses disciples : c’est l’espoir de refaire l’unité des 12 tribus  dans le cadre d’un règne messianique terrestre. La reconstruction du peuple juif entier était considéré comme une étape clef dans l’histoire du salut. Par les 12, Jésus s’adressait à tout Israël, pas aux païens ( l’universalité signifie rassemblement d’un peuple extrêmement divisé : pharisien veut dire séparé, les Esséniens sont séparés du Temple).

Ces 12 sont originaires de Galilée, sauf Judas Iscariote qui est judéen. Nous possédons quatre listes un peu différentes de leur nom. Leur rôle de «  dirigeant » dura peu. Lorsque Paul va à Jérusalem la première fois ( milieu des années 30), il ne les rencontre pas. Les Actes confirment leur déclin : quand jacques, frère de Jean, est exécuté par Hérode Agrippa, il n’est pas remplacé. L’effacement progressif de ce groupe signifie l’effacement progressif de l’espoir d’une parousie imminente.

 Un autre noyau est constitué par les membres de la famille de Jésus – sa mère Marie, ses sœurs et frères dont Jacques. Il y a donc deux noyaux, deux légitimités à ce groupe : une légitimité de compagnonnage avec Pierre, une légitimité familiale avec Jacques.

 L’ensemble des disciples « ordinaires » qui ont suivi Jésus ou qui sont récemment venus.

Les presbytres. Le terme est hérité de la synagogue et désigne peut-être des chefs de famille honorables et expérimentés chargés de veiller au bon fonctionnement de la communauté.

 Des nouveaux convertis issus de la diaspora juive, parlant le grec et de ce fait dénommé les  «  Hellénistes » ( par opposition aux Hébreux, expression désignant les « chrétiens » issus des communautés juives de Palestine). Ce groupe cohabite mal avec les autres, ce qui entraîne une première scission dans cette communauté « chrétienne » primitive. Dans les Actes, Luc essaie de minimiser l’affaire en expliquant que les 12 ont institué les 7 – pour représenter les Hellénistes- et que les deux groupes se partagent les tâches : Aux Hellénistes revient le soin de s’occuper des veuves du groupe. Ces Hellénistes ont des vues différentes des autres, ils sont assez opposés au Temple par exemple, ce qui leur vaudra d’être les premiers persécutés. Après le martyre d’Etienne, par souci de sécurité, ce groupe des Hellénistes quitte Jérusalem, se disperse…. Ainsi naîtront les premières autres communautés chrétiennes.

Un dernier sous-groupe existe autour d’un disciple ( peut-être Jean ?) Nous ne connaissons pas les circonstances de sa constitution. Ce groupe est marginal par rapport aux autres membres de la communauté chrétienne, mais cela ne va pas jusqu’à la rupture. On devine dans le 4e évangile, celui de Jean, une tradition différente imbibée de culture palestinienne. Cette tradition ne site pas les 12 mais d’autres noms comme Nathanaël.

Ainsi donc, la première communauté « chrétienne » à Jérusalem est-elle composite, il faut le souligner, au départ il y a des christianismes, c’est-à-dire, des interprétations différentes du phénomène Jésus. Ce n’est pas la belle unité présentée par Luc dans les Actes. Cette « Eglise » va s’étoffer, se diversifier, le poids des 12 va s’estomper. Elle sera d’abord dirigée par Pierre puis par Jacques le frère du Seigneur. Une tradition veut que pendant la guerre de 64-70 menée par les Romains, elle ait fuit en territoire étranger proche, à Pella l’autre côté du Jourdain. C’est possible mais non vérifiable, en tout cas, lorsqu’elle reviendra s’installer à Jérusalem après 70, elle n’aura plus le même prestige.

2.     Son organisation interne

 C’est une communauté semi-monastique et fraternelle, influencée à la fois par les Esséniens et par les baptistes.

a- il y a des différences importantes entre le style de vie de cette communauté et celui du groupe des disciples au temps de Jésus. C’est une vie sédentaire et plus du tout itinérante, le groupe est réunit en entier et non rassemblé d’une manière épisodique comme avant. C’est une fraternité assez rigide, semi-monastique  avec sa communauté de biens , ses règles et non plus libérale comme avant. Il y a une forte solidarité y compris à l’égard des veuves. On y reste marié. Le rituel de la vie religieuse est à la fois juif traditionnel et novateur.

 En juifs pieux, ces « chrétiens » pratiquent toujours la circoncision, suivent les lois alimentaires de pureté, prient dans les parvis du Temple ( sans participer aux sacrifices du Temple ?) ;

Ils sont des juifs comme les autres, mais, en plus, ils introduisent des nouveautés en privé. Dans les maisons particulières, ils organisent des réunions pour vivre la nouvelle foi en Jésus messie. Le lendemain du sabbat ( le futur dimanche), ils prennent des repas en commun ( rupture du pain selon un geste de Jésus, en attendant son retour). Les nouveaux adhérents se voient administrer un baptême d’admission au groupe ( au nom de Jésus ?) .Lors de la fête de Pâques, ils organisent une commémoration publique, sur les lieux mêmes, avec récits des événements ( nos récits de Passion sont des récits liturgiques, déjà élaborés 10 ans environ après la mort de Jésus).

La recherche contemporaine émet l’hypothèse de diverses influences juives pour expliquer l’organisation de cette communauté de Jérusalem..

b-   Une influence essénienne.

Les Esséniens de Qumrân avaient semble t-il une communauté à Jérusalem. Pour ces disciples désemparés par la mort de leur maître et troublés par les apparitions, ces esséniens avaient l’avantage d’offrir des modèles de réponses. Leur expérience consiste en une réflexion  poussée sur le messie, en une relecture des prophéties anciennes appliquées au « maître de Justice » injustement persécuté et en une organisation bien rôdée.

Si l’on abandonne de nos jours la piste d’un Jean ou d’un Jésus ayant été essénien, il n’en reste pas moins vrai que ce courant de pensée a fortement influencé le christianisme primitif dans ses tous débuts. Voici quelques exemples d’influences :

Le mode d’élection de Matthias comme 12e membre à la place de Judas : comme à Qumrân, un tirage au sort est opéré parmi des candidats sélectionnés, on associe un choix humain et un choix divin.

 Dans le récit de Pentecôte , Luc, accorde à cette fête juive ( fête des moissons) le même sens que les esséniens.. Ce jour, les candidats ayant fait leur preuve sont admis dans le groupe qui constitue la nouvelle alliance. De même, la Pentecôte est considérée, par la descente de l’Esprit Saint, comme le point de départ de la Nouvelle Alliance.

La communauté de biens .( Relire l’histoire d’Ananias et Saphira -Actes V- qui avaient triché sur leurs biens, pour les punir, Dieu les fait mourir).Cela rappelle les habitudes de Qumrân, mais ici, cette mise en commun est moins stricte. Existence d’une hiérarchie au sein de cette communauté ( comme à Qumrân) : nous avons ( sans que l’on puisse bien distinguer toujours les fonctions), des saints, des parfaits, des jeunes gens- chargés des tâches matérielles-, les 12, les 7 ( groupe créé pour intégrer les hellénistes)…

Une utilisation des réflexions sur le messie ( les mêmes thèmes reviennent comme le Nouveau     Moïse, le Serviteur Souffrant, le Messie victime d’un complot… et, surtout, la même utilisation du psaume 118- à comparer aux récits de la passion).

Cette influence essénienne très forte dans les débuts s’atténuera dans les années 50, la communauté de biens par exemple disparaîtra progressivement devant la place accordée aux pauvres ( qui n’ont donc pas de biens à partager) et laissera la place à l’influence des fraternités pharisiennes. ( Les dons venus de l'extérieur remplaceront la communauté de biens).

c-    Une recherche nouvelle met en valeur les influences baptistes.

Le mouvement de Jésus issu du mouvement baptiste de Jean entra en conflit avec ce dernier. A la mort de Jean le baptiste, et déjà un peu de son vivant, certains de ses disciples rallièrent Jésus. Ce fut le cas d’André et de Simon, des fils de Zébédée…cela n’alla pas sans problèmes car si Jean et Jésus partageaient le même espoir de l’imminence de l’arrivée du Royaume de Dieu, ils divergeaient sur les moyens de cette venue. Jean, dans la tradition apocalyptique annonçait une venue directe et terrifiante de Dieu pour juger les hommes comme acte inaugural de son royaume, alors, qu’à cette violence divine, Jésus opposait un messianisme moral, une venue du Royaume par l’effort des hommes pour obtenir une justice et une harmonie sociales  en liaison avec les commandements divins. Une fois leur maître Jésus, disparu, ces disciples ont repris leurs premières idées issues de la fréquentation de Jean le baptiste.

Aussi, les influences baptistes furent elles très importantes dans les tous débuts du « christianisme ». Ces influences de la veine apocalyptique sont fondamentales. Outre l’habitude du baptême comme rite d’entrée ( même si la propagande chrétienne vantait la supériorité du baptême chrétien sur le baptême de Jean), l’essentiel est peut-être l’interprétation des apparitions comme résurrection. Il n’allait pas de soi d’interpréter les apparitions post mortem de Jésus comme une résurrection et d’en faire le prélude à la résurrection générale des morts. L’événement pascal est reçu comme signe eschatologique ( fin des temps : de ces temps ci et début d’une autre ère, celle du Royaume)

 Ce n’est pas le tombeau vide, thème valorisé assez tardivement ( Paul n’en parle pas) mais, l’influence des courants issus de Jean le baptiste qui peut expliquer cela. Par ailleurs, toute la littérature, toutes les traditions liées à ce personnage de Jean qui fut de son vivant très célèbre, furent reprises et remaniées par les chrétiens au profit de Jésus ( naissance miraculeuse, le Magnificat..).

Il convient également de dire que la première communauté chrétienne, dans sa diversité, connu des influences de la diaspora ,entre autres d’Egypte. L’Helléniste Etienne certainement issu du judaïsme d’Alexandrie, amène des traditions différentes dont une certaine distance par rapport au Temple conçu comme une simple création humaine et non comme le lieu de la présence divine ou le symbole identitaire juif.

3-   Cette Eglise de Jérusalem est une Eglise dirigeante

a- Comment apparurent les autres communautés  « chrétiennes » ?

 Seule communauté au départ, repliée sur une attente imminente de la parousie, elle fut progressivement amenée à s’intéresser à d’autres groupes qui se créèrent ailleurs. Il n’y a pas de conception de mission, l’apparition d’autres communautés « chrétiennes » en dehors de Jérusalem  fut un peu de fruit des hasards. C’est le groupe des Hellénistes chassé de Jérusalem suite à la toute première persécution, qui essaima, en Samarie, sur la côte syro-phénicienne, en Syrie..

Des initiatives personnelles de disciples anonymes, furent à l’origine certainement de l’installation d’églises dans la diaspora, en Egypte, en Mésopotamie, en Asie mineure. A Rome. Des juifs venus en Palestine pour des raisons religieuses ( pèlerinages) ou commerciales, on très bien pu rencontrer des disciples de Jésus et, ainsi, rapporter ces nouvelles croyances dans leur synagogue d’origine.

Il faut ajouter à cela, les communautés installées par Paul dans les années 40.

Ainsi donc, le premier mouvement chrétien fut centrifuge, mais très vite apparaissent des forces centripètes hors Jérusalem. La communauté de Jérusalem opta pour le contrôle de ces mouvements.

b-  Jérusalem envoie des « inspecteurs », contrôle.

En Samarie (Actes VIII, 5-25), région un peu concurrente de la Judée, Philippe, un Helléniste, fonda des communautés, baptisa. Jérusalem envoya deux « inspecteurs », Pierre et Jean qui rencontrèrent des baptisés certes mais qui n’avaient pas reçu l’Esprit Saint. La capacité du don de l’Esprit semble être réservée aux 12. Pierre et Jean régularisèrent la situation.

Philippe prêcha également sur la côte de Syrie-Palestine ( Césarée..) Parce qu’ici il échappait à la juridiction du Sanhédrin de Jérusalem, il y fonda des communautés que Pierre viendra visiter.

 

À Antioche de Syrie, les Hellénistes annoncèrent  la Bonne Nouvelle à des gens vivant à la grecque. Pour inspecter, Jérusalem envoya le lévite Barnabas. Ce denier approuva et s’y installa..

Ainsi, les « juifs-chrétiens » de Jérusalem prirent-ils l’habitude d’aller sur les traces des différents missionnaires, et, finalement, finirent par prendre eux-mêmes des initiatives de mission, ce fut le cas de Pierre.

c-  Pourquoi les autres communautés acceptent-elles cette tutelle de Jérusalem, au nom de quoi Jérusalem s’impose t-elle ?

Cette communauté « chrétienne » de Jérusalem est source, elle est dépositaire des traditions de Jésus, il y a la présence de deux légitimités, celle  de Pierre à qui Jésus aurait dit qu’il est le fondement du groupe, celle de la famille de Jésus, avec Jacques. Jérusalem est présentée comme le lieu de la première effusion de l'Esprit. Elle se perçoit comme le Nouveau Temple ( penser à la promesse de construire un Nouveau Temple)   comme les 12 constituent l’Israël eschatologique ( de la fin des temps, de l’époque messianique, du Royaume de Dieu). La colline de Sion doit être le lieu premier de cette ère nouvelle.

Toutes les autres communautés reconnaissent la supériorité de celle de Jérusalem : Paul  y vient  pour rencontrer Pierre, il organisera par la suite une collecte  ,au profit de Jérusalem , dans ses différentes fondations méditerranéennes. Jérusalem, pour quelques années sera l’église-mère.

                 1-  Que peut-on savoir de son activité missionnaire ? [ en dehors de Rome ]

 Nos connaissances sont dépendantes de nos sources ; la principale ce sont les Actes des Apôtres, livre attribué à Luc. Nous avons aussi à notre disposition d’autres littératures comme des textes apocryphes, les témoignages de pères de l’Eglise ( Clément de Rome), tout ce qui constitue la tradition.

Les Actes nous apprennent beaucoup sur le christianisme primitif mais le but premier ne l’oublions pas n’est pas l’histoire au sens où nous l’entendons, mais le sens théologique des évènements. Or ce texte est écrit, après la chute du Temple, vers 80, à une époque où le christianisme commence à se démarquer du judaïsme, la critique se porte  alors contre les Juifs ( surtout contre les pharisiens qui représentent le judaïsme post Temple) qui ne se convertissent pas,  et ainsi ce contexte justifie  t-il  la conversion des païens.

Le but  du livre est de montrer que le schéma de Dieu est de faire entrer les païens dans l’histoire du salut. La tâche est difficile car l’on se trouve devant  une situation contradictoire : de son vivant, Jésus a interdit la mission auprès des païens. Or il y a des situations de fait : la dispersion des hellénistes a entraîné l’apparition de communautés en Syrie Palestine,  Paul, assez indépendant, ne fait pas de distinction entre chrétiens d’origine juive ou païenne ; pour lui c’est la foi en Jésus qui sauve et non l’observance de la Loi. La solution va consister à présenter Pierre comme le maillon intermédiaire entre l’interdiction de Jésus et la réalité du mouvement de conversion auprès des païens. Il fallait présenter Pierre comme l’initiateur de cette action, ainsi, étant donné son autorité, lui le roc, chacun pouvait s’abriter derrière lui, à commencer par Paul.

a-    Dans ce but, un épisode de la vie de Pierre va être mis fortement en valeur, c’est son action à Césarée chez le centurion Corneille. (ActesX,34). Comment Pierre a t-il pu prendre l’initiative de la conversion d’un païen alors que chacun savait que Jésus s’y était opposé ? (Mt X,5). L’initiative est présentée comme venant de Dieu, par le biais de l’Esprit saint. C’est l’esprit qui incite le chef militaire romain Corneille à rencontrer Pierre, c’est l’Esprit qui convainc Pierre d’accepter de se rendre chez un païen, chose inadmissible pour un juif. Pierre arrivé chez Corneille, constate que ces païens ont reçu l’Esprit, donc il ne voit pas d’inconvénient à les baptiser alors qu’ils ne sont pas passés par le judaïsme. C’est une nouveauté révolutionnaire dans la mesure où se créé ainsi une autonomie du mouvement chrétien, alors que jusqu’à présent il n’était qu’une « secte » du judaïsme.

Pierre se justifie, ce n’est pas lui qui le veut, c’est le projet de Dieu. Noter que les actions de Pierre sont toutes inspirées.

La doctrine de l’Esprit l’emporte sur la fidélité aux paroles du Jésus de l’histoire. ( On retrouve la même argumentation que chez Paul). Ce passage de Pierre et du soldat romain pose beaucoup de problèmes sur le plan historique, Luc ici a fait œuvre rédactionnelle importante.

 

Comment maintenant et à partir des textes du second testament pouvons-nous décrire et définir les Églises-Maisons ou la vie des premières communautés chrétienne d'après une étude de J.Dupont 

Ac 2    

v. 42 Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.


v. 43 La crainte s’emparait de tous les esprits : nombreux étaient les prodiges et signes accomplis par les apôtres.


v. 44 Tous les croyants ensemble mettaient tout en commun ;


v. 45 ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun.


v. 46 Jour après jour, d’un seul coeur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons, prenant leur nourriture avec allégresse et simplicité de coeur.


v. 47 Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Et chaque jour, le Seigneur adjoignait à la communauté ceux qui seraient sauvés. |

 Ac 4

v. 32 La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun.


v. 33 Avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d’une grande faveur.


v. 34 Aussi parmi eux nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente


v. 35 et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. |

Ac 5

 v. 12 par les mains des apôtres il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple... Ils se tenaient tous d’un commun accord sous le portique de Salomon,


v. 13 et personne d’autre n’osait se joindre à eux, mais le peuple célébrait leurs louanges.


v. 14 Des croyants de plus en plus nombreux s’adjoignaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes...


v. 15 à tel point qu’on allait jusqu’à transporter les malades dans les rues et les déposer là sur des lits et des grabats, afin que tout au moins l’ombre de Pierre, à son passage, couvrît l’un d’eux.


v. 16 La multitude accourait même des villes voisines de Jérusalem, apportant des malades et des gens possédés par des esprits impurs et tous étaient guéris. |


Ces récits des Actes sont ce que l’on appelle traditionnellement des sommaires, autrement dit des résumés : ils reprennent quelques-unes des grandes idées que l’évangéliste développe dans le reste de son œuvre. On peut par exemple noter l’idée de communion, d’unité, dont on a déjà vu qu’elle était essentielle pour Luc et qui apparaît au fil des deux premiers passages : « communion fraternelle », « tout en commun », « un cœur et une âme », « ils jouissaient tous d’une grande faveur ». Parler de sommaires ou de résumés, c’est bien sûr dire aussi que ces petits récits ont une allure stéréotypée, qu’ils décrivent un idéal plus qu’une réalité, bref qu’ils ne sont pas la description de la communauté de Jérusalem, mais plutôt celle du ciel...


Arrêtons-nous maintenant sur chacun d’eux en notant particulièrement leurs différences,

1. Ac 2,42- 47
Le premier de nos récits définit en quelque sorte l’engagement du chrétien, selon quatre axes : enseignement, communion fraternelle, fraction du pain (eucharistie), prières. On peut se demander si ces quatre points ne forment pas les différents accents des rassemblements chrétiens de l’époque, comme c’est encore plus ou moins le cas aujourd’hui dans nos assemblées dominicales. Mais J. Dupont consacre un article [1] au terme de « communion » ou koinônia, et on peut en retirer les éléments suivants :


1. Dans le contexte, le terme peut renvoyer à la communion eucharistique, à la communion hiérarchique, au partage des biens, à la communion des esprits.


2. Les emplois de koinos en 2,44 et 4,32 laissent entendre que « les chrétiens restent légalement propriétaires de ce qui leur appartient, mais, au lieu de le traiter comme possession privée, ils le mettent à la disposition de tous ».


3. Cette mise à disposition est exprimée en des termes qui rappellent l’idéal de l’amitié grecque : « entre amis, tout est commun », ou bien « entre amis, rien n’appartient en propre », ou bien « ils forment une seule âme ».


4. Mais s’ils réalisent cet idéal d’amitié, c’est « en tant que croyants », une appellation qui revient dans les trois sommaires.


À propos de ce même idéal d’amitié et de son traitement par Luc, un commentateur des Actes, R.J. Dillon, fait la remarque suivante : « Le langage de Luc fait écho au proverbe grec à propos des amis (Platon, République, 4,424a ; 5,449c), que Luc réinterprète typiquement au moyen de l’exclusion biblique de la pauvreté en Israël (v. 34a = Dt 15,4) ».
La traduction ci-dessus présentée est trompeuse : elle suggère l’existence de deux verbes, être assidu et être fidèle, pour gouverner nos quatre axes ; la réalité est qu’il n’y a qu’un seul verbe, proskartêreô, qu’on traduit par se consacrer, s’attacher à, avec tout à la fois l’idée d’une intensité et d’une continuité. C’est ce même verbe qu’on retrouve en 1,14 ou 2,46 ou 6,4. On pourrait traduire par « se donner tout entier », en l’occurrence à la communauté. C’est sans doute à la lumière de cet engagement que peut s’apprécier la faute d’Ananie et de Saphire qui ont retenu quelque chose d’eux-mêmes. Les quatre axes seront repris et développés dans les versets qui vont suivre.


Aussitôt après avoir présenté la communauté, Luc définit son environnement, hésitant entre l’étonnement et l’hostilité. Les « prodiges et les signes » sont une expression classique chez Luc, du moins dans les Actes, et presque stéréotypée dans le NT : Ac 2,19 ; 4,30 ; 5,12 ; 6,8 ; 7,36 ; 14,3 ; 15,12 et une fois en Matthieu (24,24), Marc (13,22) et Jean (4,48). L’étude des passages lucaniens montre que l’expression est exclusivement réservée chez lui à ceux qui jouent un rôle majeur dans les Actes, les apôtres, Paul et Barnabé, et même Moïse, bref les envoyés de Dieu, que Dieu accrédite précisément par ces « signes et prodiges » ; cet usage rejoint celui des évangélistes. Ces prodiges et signes manifestent à leur manière l’irruption des derniers temps. On comprend alors la crainte : c’est celle que l’on peut ressentir devant l’action de Dieu.


À partir du verset 44, Luc revient sur la « communion fraternelle, qui s’exprime dans le partage des biens. Ou plutôt dans la justice : » de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses nécessités « . On peut se demander jusqu’où allait la vente des propriétés et des biens, car il ne s’agissait pas alors, comme cela se fera plus tard avec un Antoine, de partir s’installer au désert : Ananie et Saphire ne vendront » qu’une " propriété, Luc laissant supposer qu’ils avaient d’autres biens ; auquel cas la vente ne concernait alors que le superflu. Ou bien, il n’y avait pas tant de ventes, mais surtout une mise en commun. C’est ce que laisse effectivement entendre le verset 46, où il est toujours fait mention des maisons de chacun.


À partir de ce verset 46, Luc revient sur la prière assidue et la fraction du pain : la première a lieu au Temple, la deuxième à la maison. Les apôtres n’ont pas rompu avec le Temple, à la manière des Esséniens : dans les chapitres qui vont suivre, on les y retrouve volontiers ; ils y sont pour la prière de la neuvième heure (3,1). Cette rupture n’interviendra que plus tard, en partie du fait de l’entrée en scène dans la communauté chrétienne des païens et de la formation d’une chrétienté ailleurs qu’à Jérusalem - le discours d’Étienne, très critique vis-à-vis du Temple, sera significatif de cette évolution-, en partie à la suite de la révolte juive à laquelle les chrétiens ont refusé de prendre part.
La fraction du pain a un caractère domestique : ce sera encore le cas à Troas, en Ac 20,8. Ce seul fait invalide la prétention de Luc pour lequel la prédication de Pierre a provoqué trois mille baptêmes : on ne pouvait réunir une telle foule dans une maison ... Luc est sans doute plus près de la vérité dans sa conclusion du verset 47 : le Seigneur adjoint « ceux qui seraient sauvés ». Il le fait epi to auto, un terme qui peut être traduit de diverses manières : pour la Bible de Jérusalem, il faut entendre « à la communauté » ; J. Dupont commente : « les croyants ont conscience de constituer une réalité unique, un yahad, assemblée ou communauté, à laquelle le Seigneur adjoint quotidiennement de nouveaux membres ». Allégresse et simplicité (ou humilité) caractérisent cette célébration : ce sont encore des signes eschatologiques.

 

 



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